Des enfants bien inspirés - Crédit photo izart.frDes enfants bien inspirés - Crédit photo izart.fr
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« Des enfants bien inspirés »

16/01/2015 Bonjour à toutes et à tous,

Bon, il a fallu batailler un peu pour que je ne laisse pas ses papiers dans la chambre.

Mais la situation n’était pas pire que dans celle d’une précédente Petite chronique qui partait en panique !

« – Tu crois vraiment que ça craint ici ?

– Oui, les infirmières m’ont déconseillé de laisser des choses de valeur.

– Mais faudrait me laisser deux trois sous pour faire mes courses quand même…

– Je te rappelle que tu es à l’hôpital, donc tu ne peux pas sortir et qu’on te sert tous tes repas !

– Ah oui, d’ailleurs, c’était bien bon à midi, je vais m’inscrire pour les autres repas. Bon, je vais sortir quand de là ?

– Faut attendre les consignes de l’équipe soignante, il y a encore des examens en cours.

– Oui, mais tu penseras bien à me laisser des sous pour prendre le taxi quand je vais rentrer… »

On aborde à demi mot le problème de la dépendance, et de ses difficultés pour accomplir certains actes du quotidien.

Mais il s’en fout, ce qu’il veut avant tout, c’est de faire ce qu’il a envie.

Et dans un établissement médicalisé, il sera obligé de prendre ses repas à heures fixes et en compagnie des autres résidents, aïe…

« – Bon, et puis faudra que tu m’apportes mes chaussures, parce que là j’étais parti en pantoufles, mais pour aller marcher c’est pas pratique !

– Oui, je te les amène demain, parce que je reviens pour un rendez-vous avec l’équipe soignante.

– Ah bon, tu refais le trajet demain ?

– Comme tu dis ! La situation va peut-être changer suite à ton hospitalisation, et il va falloir y réfléchir. 

– Ah, ça y est, ça recommence la conspiration de mes enfants !!!

– Mais non, au contraire, on prend soin de toi !!! Le problème, c’est que là où tu vis actuellement, ils ne proposent pas les services dont tu vas avoir besoin…

– Tu parles, je vais aller le voir moi, le directeur, c’est un type sympa, je vais lui expliquer, il va bien vouloir me garder !

– Ah ben dis donc, tu en as pourtant fait du bazar pour ne pas déménager là-bas, il y a neuf mois…

– Pffff… Mais il n’y a pas neuf mois !!!

– Ah oui ? Vas-y, on compte ensemble depuis juillet…

– …

– Et en plus on s’est drôlement faits engueuler le jour du déménagement, je m’en rappelle bien aussi !!! »

Il relève la tête et me regarde, sourire en coin, c’est ça oui, vas-y, rigole !

Des fois, je crois qu’on devrait faire comme avec les enfants.

Des enfants bien inspirés.

C’est comme ça et pas autrement, tu peux bien crier, bouder, rien à faire, c’est comme ça… et c’est comme ça !

Bon, il retourne vers son fauteuil, heureux d’avoir troqué le pyjama contre son jean, et satisfait des revues que je lui ai amenées.

Faudra que je lui redemande combien exactement, mais cela fait plus de 50 ans qu’il est abonné au journal Le Monde, et il n’est pas peu fier de placer cette anecdote dans une conversation !

Et bien sûr, pas de mercredi sans le Canard Enchaîné…

En passant au ralenti devant le lit voisin, je l’entends soudain pousser un tonitruant « Salut ! »

Avant même que j’aie eu le temps de pondérer cet excès d’humeur joyeuse, on est à l’hôpital quand même, je découvre avec effroi l’état de santé du monsieur alité à côté, à peine capable de lever les yeux et encore moins de remuer les lèvres…

Bien à vous,

Isabelle

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