Petite chronique « Chers parents me voilà soldat…

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« Chers parents me voilà soldat »

06/11/2012 Bonjour à toutes et à tous, (Mise à jour 19/02/2016)

Vendredi 13 Novembre 1914 : « Chers parents me voilà soldat maintenant, j’ai mangé à la gamelle. Je ne pensais pas venir à Besançon, j’ai trouvé beaucoup de lyonnais et du Rhône. L’appétit est bon, le moral aussi. Je suis en bonne santé, je pense que ma carte vous trouvera de même, votre fils, Jean Marie » –  60ème de ligne, 25ème Compagnie, Caserne Liautey, Besançon. »

10 Janvier 1915 : « Je pars aux Tirailleurs à Aix en Provence. »

12 Janvier 1915 (à sa soeur Jeanne) : « (…) Le hasard a voulu me mener aux tirailleurs, c’est la destinée ; je ne partirai pas plus tôt pour ça… nous sommes partis 40 du 60e. J’ai passé samedi minuit à Perrache et nous sommes repartis à 3 heures du matin ; nous avons resté 30 heures en chemin de fer avec armes et bagages. Je t’avais dit 4e régiment mais c’est le 5e et le 1er Bataillon pas de compagnie. C’est tous des arabes. »

18 Janvier 1915 (à ses parents) : « (…) Nous (sommes) venus à Aix pour encadrer les bicots, c’est à dire les arabes, mais je m’aperçois que c’est eux qui vont nous encadrer, sur 15 bicots, nous sommes 2 français. Mais ils ont le plus grand respect du français (…) je vais vous parler cuisine un peu : il n’y a qu’un plat, il y a tout dedans : la viande, la soupe, le rata, c’est tout mélangé : des pommes de terre, des navets, des macaronis, pas beaucoup de sel mais beaucoup de poivre ; ils appellent ça du coussecouce, mais moi j’appelle ça de la barbaque, mais il y en a assez. Ce qui est le plus ennuyeux c’est pour la conversation, on ne peut pas se faire comprendre (…) on dirait qu’on n’est plus en France, sur les rangs à l’appel le sergent demande combien  de français, combien d’indigènes avec ce charabia… »

 19 Janvier 1915 (à sa soeur) : « (…) Je vais te parler des Turcos ou bicots, comme cuisiniers il y a deux nègres et quatre arabes (…) il y a assez à manger mais ce n’est guère appétissant : on nous sert dans des baquets, par 20, y a pas de réfectoire, on s’assied dans la cour le tour du baquet et on tape dedans comme les arabes, on croirait qu’on n’est plus en France… »

04 Juillet 1916 : « (…) Les arabes font le carême ou ramdame, c’est à dire qu’ils ne mangent et boivent ou fument que la nuit, ça dure trente jours… »

 20 Mars 1917 : « (…) Vous rigolez souvent sur mes bicots mais vous voyez qu’ils ont de jolies femmes, je vous envoie un échantillon… » (Jean Marie enverra toute une série de cartes postales représentant des femmes algériennes).

Ainsi un jour, par hasard j’ai fait la connaissance de A.

En outre, cela faisait quelques années déjà que nous nous côtoyons au Tata Sénégalais de Chasselay (69).

Plus précisément lors de la cérémonie du 11 Novembre en hommage aux Tirailleurs massacrés.

Le plus remarquable c’est que j’ai découvert plus tard que mon grand-père avait combattu, durant la guerre de 1914-1918, dans un bataillon de Tirailleurs…

De même que celui de A. !

Et le mien s’appelait Jean-Marie.

Bien à vous,

Isabelle

Samedi 10 Novembre et dimanche 11 Novembre 2012, 70ème anniversaire de l’Inauguration du TATA Sénégalais (08/11/1942) à Chasselay (69), hommage à Jean Marchiani, concepteur-réalisateur du TATA, associé par ses faits de bravoure envers les Tirailleurs Sénégalais à ceux de Jean Moulin à Chartres.

 
Isabelle alias Mam's
https://izart.fr
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2 comments

  • Merci pour ce magnifique Hommage .
    Les correspondances de guerre de grand-père … Toute une épopée !!

    Il est de notre Devoir
    De donner un echo
    A ce bien réel Heritage
    de Terreur et de Courage …

    Diffuser un peu l’Histoire,
    Patrimoine qui se propage
    Vers les générations ado !!

    1. Merci Claire de partager ainsi à ton tour l’hommage à notre grand-père.
      Et je tiens aussi à remercier nos oncles et tantes qui ont permis ce devoir de mémoire en réunissant toutes ces correspondances de guerre, nous permettant ainsi de continuer l’histoire…

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