Je repassais même les culottes - Crédit photo izart.fr
Je repassais même les culottes - Crédit photo izart.fr

« Je repassais même les culottes »

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16/06/2022 Bonjour à toutes et à tous,

« – Je repassais même les culottes !
– Et moi les gants de toilettes…
– Ben oui, mais on sait bien que la chaleur ça désinfecte.
– Ah ben ça c’est sûr que c’était la vocation première du repassage« .

Ben maintenant on ne repasse plus rien, ni l’une ni l’autre !

Mais j’ai renoué avec une autre tradition, celle des lessives et étendages maison.

Bon c’est quand même mieux qu’à une époque où je lavais à la main !

Mais là, faut remplir la machine et sortir le linge, l’accrocher avec pinces et cintres.

Puis le plier, rouler et ranger sans passer par la case repassage, c’est fini le luxe de la guesthouse qui comprend le service du linge lavé ET repassé.

On ne peut pas tout avoir, hein, et surtout je ne me plains pas, j’ai connu pire question confort en Inde !

J’avais pensé me faire aider par une employée de maison pour faire le ménage une fois par semaine dans mon nouveau logement.

Et puis finalement j’y ai renoncé.

Le soir même de mon arrivée dans cet appartement, j’ai fignolé balayage et lavage du sol, fait quelques arrangements personnels et passé le chiffon sur les meubles.

J’avoue que quand c’est fait au jour le jour, ça ne demande aucun effort et ça prend très peu de temps.

L’employée qui intervenait ponctuellement ici m’a proposé ses services pour le ménage.

Ok merci, je ne manquerai pas de faire appel à vous si besoin, que je lui ai répondu poliment.

En fait, malgré mes envies de déléguer le poste ménage à autrui ; il n’est pas indispensable à ma survie, y’a un truc qui me dérange.

Ça me dérange au même titre que ça me dérangeait en France de voir des personnes de conditions sociales défavorisées effectuer des emplois subalternes.

Peut-être est-ce aussi mon vécu qui ne me l’autorise pas, parce que j’en ai effectué des boulots de merde pour faire bouillir la marmite familiale.

Des heures et des heures comme femme de ménage à récurer les chiottes d’autrui ou aspirer la moquette rose de la chambre de Madame.

Je ne vous parle même pas de la litière des chats à vider, de la gamelle des chiens à récurer.

C’est… alimentaire que je me disais à moi-même, pour me convaincre, pour me consoler de continuer à effectuer ce travail indigne.

Juste c’est alimentaire, mais j’aurais tellement aimé, je rêvais d’avoir un jour un salaire décent qui ne m’obligeât pas à cumuler des emplois subalternes, justement.

Alors quand je vois ces femmes, des femmes comme moi, ces ammas, passer le chiffon, récurer les sols et les escaliers en suant de plus bel par 40 °, juste je ne peux pas…

Je me revois pester en silence, les mains dans le seau, épuisée, ravalant ma rancoeur, je connais cette peine.

Je pensais souvent très fortement à mes kids qui ne bénéficiaient pas d’autant de confort, d’autant de luxe que les gamins des maisons où j’intervenais.

Et je savais que mon épuisement, mon boulot leur étaient entièrement dédié.

Oui, ça me motivait quand j’avais envie d’envoyer chier une personne trop exigeante ou trop grincheuse.

Ça me motivait quand mes oreilles ne pouvaient se fermer aux torrents de bêtise humaine qui se déversaient.

Admirer les photos de la dernière croisière ou les exploits des animaux de compagnie, ça fait partie du job des subalternes, de celles et ceux dont on ne sait rien de la vie.

Et qui ne connaissent pas ces plaisirs.

Le peu de reconnaissance, l’insignifiance, je n’ai envie de les infliger à personne, parce que je sais combien c’est lourd à porter.

Et j’ai trop peur un jour de passer de l’autre côté, celui de l’indifférence qui fait oublier qu’en face de soi, on a un homme, une femme, un être humain.

Du côté où commander à autrui devient naturel, où exiger d’autrui devient jouissif, où l’aisance vous accorde un privilège

De peur que le travail, le rendement, passent avant l’humain, avant la dignité humaine.

Il me semble que le rapport humain est différent lorsqu’on collabore avec autrui.

Lorsqu’on effectue un travail en commun, les plaisirs et les inconvénients sont partagés en quelque sorte.

Même si l’une des personnes est salariée de l’autre, chacune fait sa part et oeuvre conjointement.

Bref, la méditation balai en main ça a du bon, dire que tout est parti de et je repassais même les culottes

Bref, finalement, ne sommes-nous pas que poussières parmi la poussière ?

Bien à vous,

Isabelle

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