« Le petit caraco noir »

19/05/2015 Bonjour à toutes et à tous,

Le petit caraco noir
Le petit caraco noir

Ce soir-là, elle a porté son petit caraco noir pour la première fois.

Elle avait programmé de l’étrenner à cette occasion, après l’avoir soigneusement plié dans sa valise.

Il faut dire que ce vêtement avait toute une histoire.

Cadeau d’un ami très cher.

Et à ce sujet, une seule personne, parmi tous les invités, était dans la confidence.

La soirée se passa bien, très bien même.

Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de musique et de joie.

Elle était même heureuse que la fête soit si réussie.

Cela faisait du bien de retrouver tant d’amis en si peu de temps.

Il faut dire que pour certains, plusieurs centaines de kilomètres les séparaient.

Et ces retrouvailles permettaient aussi de prendre des nouvelles les uns des autres, depuis le temps !

Après celles prises de la famille, étaient aussi évoqués des souvenirs communs plus anciens.

Et de cette année-là, avec des inondations ou de la pluie verglaçante au retour, quand ils se réunissaient en plein hiver, une dizaine d’heures de route dans les pattes…

Et puis de celles et ceux qui n’étaient plus parmi eux pour rejoindre la grande fresque de leur amitié.

Il était resté assis assez longtemps sur le bout du banc, avant de se décider à danser.

Une cavalière, particulièrement souriante, lui avait alors accordé plusieurs danses.

Cela ne semblait pas trop du goût du mari, par contre, qui s’était tout bonnement planté devant le couple pour faire acte de présence.

Ce qui est sûr, remarqua t-elle, c’est qu’à aucun moment il ne l’avait invitée à danser, elle, ce soir-là.

Elle avait dansé avec d’autres hommes, et lui avec d’autres femmes, jamais il n’était venu l’inviter.

Pourtant, il avait bien eu envie de lui dire.

Et cela aurait été une occasion

Un peu plus tard, ils se sont retrouvés avant de finir la soirée, pour se saluer.

Il semblait visiblement heureux qu’elle se soit rapprochée de lui, à ce moment là.

Et la conversation prit une tournure plus intime, tandis qu’à présent, il soutenait son regard sans sourciller.

Jusqu’à cette affirmation qu’il lança, aussi imprévisible que déterminée.

Elle en fut même un peu… surprise !

Et si cela révélait de lui une facette qu’elle ne lui connût pas, ce ne fut pas pour lui déplaire…

Il avait pris son temps, oh, juste quelques années, pour poser ses mots très calmement.

Elle répondit sans laisser paraître son trouble.

Et lui, un sourire au coin des lèvres, apprécia sans mot dire.

La nuit porte conseil.

Mais pas le sommeil.

Interminable nuit, bouleversée par ces quelques paroles.

Et traversée par le doute…

A son réveil (?) c’était bien pire encore.

Dans les ténèbres, perdus les repères, effondrées les certitudes.

« – Comment peux-tu mettre ce caraco, rétorqua son interlocutrice à qui elle narrait l’anecdote quelques jours après son retour de voyage, moi je crois que je ne pourrais jamais, avec toute l’histoire qu’il porte !!! 

– En fait… je crois que c’est tout le contraire… il m’a porté bonheur ce soir-là, oui, il m’a porté bonheur ! répondit-elle, et je remercie du fond du coeur pour ce cadeau, le ciel, mais aussi le soleil, les nuages, et même le vent de ces derniers jours ! »

Sur la colline voisine, la pluie, en silence, caresse la terre où repose la belle du petit caraco noir, à jamais endormie.

Bien à vous,

Isabelle

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